Monthly Archive for mai, 2010

Cycle Mama Shelter – François Sarano – 30/06/2010

Cycle Mama Shelter

François Sarano avec Grand Requin Blanc

Donnons du talent à la nature

Avec le témoignage de :

François Sarano
François Sarano
Docteur en océanographie
co-scénariste et plongeur du film “Océans


Résumé de la conférence de François Sarano

François Sarano est un de ces personnages hors normes que le Cercle du leadership est fier d’avoir pu rencontrer.

Son doctorat d’océanographie en poche, il ne sait pas très bien comment orienter sa carrière. Le commandant Cousteau lui propose alors d’effectuer  un court stage de deux mois sur la Calypso, en partance pour une expédition en Haïti.  François Sarano y restera 13 ans jusqu’à la mort du commandant Cousteau précisément, en 1997.

Avec lui, il découvre la réalité des océans ; plonge dans les mers du monde entier ;  observe la vie des espèces vivantes Son attachement au milieu marin s’affine de jour en jour.

Redevenu un instant un terrien,  François Sarano s’en va a la rencontre des hommes, sillonne la Lybie ; écrit un guide sur ce pays ; il s’intéresse un temps à la paléo anthropologie, mais l’appel des grands fonds est le plus fort. Au début des années 2000, François Sarano rencontre Jacques Perrin, réalisateur de « Microcosmos » et du « Peuple migrateur ». Ce dernier le convaincra de l’accompagner dans le tournage du film « Océans ». Ni l’un, ni l’autre ne se doute alors que cette aventure durera près de dix ans.

François Sarano s’engage avec l’équipe de « Galathés films ». Il est à la fois le coscénariste et le plongeur de ce film qui sort en 2010 sur les écrans du monde entier avec le succès que l’on sait.

Le Cercle du leadership voulait proposer à ses adhérents une réflexion sur ce qu’il est convenu d’appeler le développement durable. Nous voulions le faire avec un scientifique certes mais aussi avec un témoin de la nature et surtout un amoureux de la mer.  François Sarano nous a comblé  au-delà de nos espérances, car il nous a démontré que préserver la nature c’était tout simplement sauver l’homme, non  seulement en lui permettant d’assurer sa survie et celle des générations futures -ce qui constitue une vision assez classique de la question- mais en préservant son âme, son talent sa relation même aux autres hommes..

« Donner du talent à la nature »  puisque tel était le titre de notre débat, revient en l’occurrence à donner du talent à l’homme.

Quels hommes voulons-nous être ?

Lorsqu’on lui demande pourquoi le combat pour la préservation de la nature est important, François Sarano nous renvoie à nous-mêmes. Pour lui, la question n’est pas de savoir quel océan nous voulons ou quelle nature nous voulons, la question est de savoir  quels hommes nous voulons être.

« Si nous savons faire une place à la baleine bleue, au grand requin blanc, au gorille… à tous ces encombrants qui ne servent à rien ; si nous accordons un peu d’attention au gobie à tête d’or ou au poisson volant, à tous ces insignifiants qui ne servent à rien… alors nous saurons aussi respecter chacun d’entre nous dans sa différence ».

Ou, comment le thème par ailleurs mis en avant par le cercle de la diversité ressurgit dans une cohérence absolue à l’occasion de ce débat sur l’écologie.

Mais on retrouve également le thème du sens, de la conscience de soi et de la résilience dans les propos de François Sarano. « Accepter la nature, c’est accepter des espaces qui échappent à nos règles, à nos calculs, à nos exigences de rentabilité. L’homme n’a pas uniquement besoin de la nature pour en prélever les ressources, il a aussi besoin de l’imprévisibilité du monde vivant, il a besoin de rêve. »

La nature et son rythme immuable nous enseigne que l’entreprise a perdu la notion du temps… tout s’est accéléré de façon vertigineuse au cours des dernières décennies. Le sens de la recherche, la nécessité de l’expertise, la qualité de la réflexion ont souvent cédé le pas devant l’exigence du résultat immédiat. C’est aussi un thème d’attention utile pour le dirigeant que d’intégrer dans sa prise de décision la notion de rythmes plus « naturels ». La nature nous rappelle à notre devoir de patience.

Porter attention à la nature, ce n’est pas uniquement préserver l’environnement et les ressources, c’est donc préserver nos valeurs essentielles.

C’est en plongeant qu’on rencontre les hommes

Etrange paradoxe en effet que celui-là. Loin d’incarner le monde du silence ou le mythe du plongeur solitaire, François Sarano  préfère mettre en exergue l’exceptionnel travail en équipe et l’absolue nécessité d’une préparation rigoureuse et la préparation pour expliquer les succès de ses entreprises.

Le succès de la plongée, sans aucune protection, avec le grand requin blanc qui constitue une première mondiale, ne s’explique pas autrement.  On ne pouvait s’appuyer sur aucine expérience puisque personnes n’avait jamais rencontré le requin blanc autrement que derrière une cage. Avant d’affronter le prédateur et de parvenir à ces images incroyables qui nous sont proposées dans le film « Océans »montrant un homme nageant de façon totalement apaisée aux cotés du requin « épaule contre nageoire »,  il a fallu des centaines de plongées pour observer, analyser,  comprendre les réactions du prédateur, familiariser chaque membre de l’équipe avec son rôle,  savoir les erreurs à éviter, trouver les échappatoires  en cas de difficultés.  « Maintes fois il a fallu remonter car un des membres de l’équipe ne pouvait supporter le poids de l’évènement », ce qui, rajoute François   témoigne qu’en plongée, « la valeur de l’équipe est déterminée par son maillon faible ».

Dans ces conditions si l’on élever le niveau général de l’équipe il faut d’abord s’attacher à élever le niveau de son membre le plus faible et entourer celui qui est dans la difficulté.

Belle leçon pour nous autres dirigeants d’entreprise, qui pouvons avoir le reflexe inverse :   laisser sur le bord du chemin qui ne suivent pas le mouvement pour ne s’intéresser qu’aux meilleurs.

La nature nous révèle à nous-mêmes

C’est en ce sens que la nature dans son impitoyable force nous révèle à nous-mêmes et nous permet de nous transcender. Quand la voie est ouverte c’est une source d’apaisement inestimable.

Pour plonger il faut une équipe cohérente avant tout.

Il faut que chacun connaisse et exécute son rôle à la perfection.

Il faut faire une confiance totale à l’autre car au cœur de l’action on ne peut communiquer autrement que par quelques gestes rudimentaires.

La nature,  en l’occurrence la mer, qui est le dernier territoire sauvage de la planète permet de découvrir des territoires nouveaux,  certes, mais aussi de nous découvrir nous-mêmes, de  vaincre nos peurs,, d’accepter des  règles du jeu différentes des nôtres, des espèces nouvelles,  de lever des tabous.

Les espèces vivantes sont notre richesse.

Une espèce vivante c’est un tissu de relations. Une espèce qui disparaît c’est donc un tissu relationnel qui est supprimé. C’est un effort pour accepter une différence qui n’a plus lieu d’être or on sait que c’est cet effort là qui est une source de progrès.

Une espèce vivante c’est un rythme immuable, fait de lenteur. Les principales espèces : les requins, les baleines, les grands prédateurs terrestres,  les éléphants… sont à durée de vie courte et à maturité lente.  Or ce rythme est aujourd’hui mis à mal par la réduction de la notion d’espace-temps et par l’accroissement de la population mondiale (rappelons que la population mondiale va être multipliée par cinq en l’espace d’un siècle). Ne plus respecter ce rythme c’est courir le risque de supprimer tout ce qui nous entoure et qui n’est pas directement productif.  Voulons-nous demain être les seuls habitants vivants avec les mollusques et les insectes ? C’est le risque que nous prenons si nous ne respectons pas le rythme naturel de reproduction des espèces.

Nous retirons de cette rencontre avec François Sarano le sentiment que le combat en faveur de la nature nous offre une réelle opportunité de nous révéler, de nous éduquer et de transmettre à nos enfants, non seulement une planète préservée  mais également une philosophie de vie.  Elle nous offre un terrain d’exploration intérieur et nous permet de nous dépasser. Elle nous incite à nous assembler aux autres pour relever les défis gigantesques que nous ne pourrions mener seuls. Elle  nous invite à accepter les différences et à provoquer les rencontres. Elle nous permet de révéler notre propre talent.

De ce point de vue l’attention portée au développement durable n’est rien d’autre que l’attention portée à nous-mêmes, à notre façon d’être.

.

Partenaires:

Bic ~ BCPE ~ Korn/Ferry ~ Mckinsey ~ Veolia Environnement ~ Manpower

Résumé de la conférence du 20 Mai 2010

Cycle Mama Shelter - Serge Trigano

Cycle Mama Shelter

« Résilience des leaders : réinventer son industrie »

Invité d’honneur

Serge Trigano

Serge TriganoL’aventure du Club Méditerranée (personne n’aurait songé à l’époque à dire Club Med’) commence au début des années 50. Deux hommes, Gilbert Trigano, bercé de nostalgie méditerranéenne, qui vend alors du matériel de camping et Gérard Blitz, un ancien champion de water polo, idéaliste et charismatique, ont l’idée de proposer aux français un nouveau mode de vacances alliant le rêve des plus belles destinations et la fraternité des relations humaines … Un projet presque social en quelque sorte. ! Un nouveau concept de vacances en tous cas, né de cet appétit de vie et de partage après les années sombres de la guerre.

Concilier l’utopie et le monde capitaliste.

Ce désir de concilier en permanence l’utopie et le monde capitaliste durera au mois pendant les deux premières décennies du Club. Chacun vient y retrouver son innocence dans cette Méditerranée flamboyante. Les GO entretiennent l’illusion. Les membres, les GM, abandonnent le porte monnaie pour le collier de billes… les tables de huit deviennent le lieu de rassemblement de cette communauté qui vient chercher le paradis perdu.

Mais la mondialisation passera par là. L’esprit originel s’étiolera peu à peu. Le Club s’exporte aux Etats Unis. Son modèle doit s’adapter à une nouvelle exigence. Il est copié avec, il est vrai, beaucoup moins de poésie.  Serge Trigano a depuis longtemps succédé à son Père, Gilbert, lorsque les nouveaux actionnaires du Club qui ne partagent plus philosophie originel débarquent la tribu « Trigano »  Nous sommes en 1997.

«  So what ? »

Treize ans après ces évènements, Serge Trigano avoue encore aujourd’hui avec beaucoup d’émotion que son éviction du Club -la société de sa famille- par les nouveaux actionnaires lui a causé une profonde blessure affective. Il traverse alors une réelle période d’abattement, puis part aux Etas Unis… là, il rencontre des personnes qui le remettent en selle : « tu as été débarqué par tes actionnaires, oui et alors ? So what ? Ca nous arrive tous. Il faut repartir… regarder devant. Tu as inventé un concept de vacances, tu es donc à nouveau capable de réinventer quelque chose. »

Ainsi lui parlent ses amis Américains.

Mama Shelter

Réinventer son Industrie

Cette capacité  de rebond -qu’on appelle la résilience- repose pour Serge Trigano sur quelques principes simples :

  • Avoir le ressort psychologique pour repartir
  • Ne pas renier ses convictions.
  • Capitaliser sur son savoir-faire
  • Ne pas reproduire, mais réinventer.

Le ressort psychologique, Serge le trouve chez ses amis américains, toujours prompts à positiver en toutes circonstances. Mais il le puise aussi dans son atavisme familial. La tribu « Trigano » ne peut se laisser abattre aussi facilement. C’est d’ailleurs avec ses fils qu’il poursuivra l’aventure.

Les convictions -on le sent en écoutant Serge- sont toujours en place. Le ton est posé, le verbe simple, la gentillesse est la sensibilité sont à fleur de peau, l’envie de faire partager est tenace. Serge Trigano est aux antipodes de ces patrons désensibilisés et désincarnés qui dominent l économie actuelle.

Le savoir-faire est intact : Serge Trigano est un hôtelier il connaît les recettes qui font la réussite de cette industrie comme personne. Il sait l’importance de l’esprit de service ;  il connaît les désirs des clients ;  il sait comment « marger » son activité.

C’est donc sur ces bases et cette expérience qu’il construira son nouveau modèle d’hôtellerie.

Enfin, réinventer est presqu’une seconde nature pour un « Trigano ». Serge anticipe et comprend les évolutions du tourisme et du voyage d’affaires. Depuis 2001, les crises successives ont modifié les comportements des voyageurs. On veut voyager moins longtemps, plus authentiquement et  moins cher.

Il y a certainement un modèle qui répond à cela !

Un nouveau concept de tourisme est né : l’hôtellerie urbaine.

D’un côté  il y a des entreprises qui ne peuvent plus se permettre d’offrir à  leurs cadres supérieurs le haut de gamme de l’hôtellerie de luxe des grandes métropoles. De l’autre il y a des touristes qui veulent redécouvrir les villes, sans tomber dans l’hôtellerie standardisée des grandes chaînes internationales. Un nouveau concept d’hôtellerie urbaine peut naître de cette double exigence.

La cuisine de maman !

Les ingrédients de la réussite ne tardent pas à s’imposer :

  • Offrir le cocon, l’abri, le refuge, (le « shelter ») que réclame cette clientèle nouvelle et qui contraste avec l’uniformité des hôtels de chaîne.  Toute l’énergie sera mise sur la décoration intérieure.
  • Sortir des quartiers aseptisés des grandes villes pour découvrir des endroits décalés, en friche, ou en devenir.
  • Tout miser sur le confort d’une bonne literie et sur la mise à disposition d’une bonne cuisine : la cuisine de maman (« mama »)
  • Enfin, nerf de la guerre, réduire les coûts de distribution, en évitant les commissions des tours operators et les coûts fonciers, en misant sur des quartiers « moins chers »..

Le Mama Shelter est né !

« Bicyclettes et Bentley ».

Le Mama n’est pas un lieu de segmentation. Les bobos côtoient les cadres supérieurs étrangers, arrivés en 20’ de Roissy. Les habitants du quartier viennent consommer une pizza à 3 euros, tandis que les noctambules huppés viennent commencer la nuit. Quelques très belles personnes participent du spectacle. Les tables de huit, où l’on s’assied à douze, favorisent les rapprochements, tandis que l’un des convives se dévoue pour servir chacun d’un peu de cette cuisine goûteuse, fumante et humante qui mijote encore dans les marmites posées en milieu de table.

Le personnel est parfois maladroit, mais souriant On attend parfois entre les plats, mais dans les délices d’une conversation. Alors que demander de plus ?

Qu’ils soient venus en bicyclette ou en Bentley, chacun prend plaisir à être là. Philippe Starck pour la décoration, Alain Senderens pour la cuisine… On peut dire que Serge a inventé un nouveau concept :   low cost, high Value !

Singularité  et diversité !

Qu’il nous soit permis – nous, Cercle du leadership-  de tirer quelques enseignements utiles de cette soirée expérientielle à sa manière.  Bruno Luc Banton (1), notre dernier invité d’honneur ne nous disait-il pas encore récemment que le leader était avant tout un être singulier,  c’est-à-dire à la fois étrange et unique.

Serge et son « Mama » entrent incontestablement dans cette catégorie. Serge est un leader parce qu’il est inventif et parce qu’il sait transmettre son énergie à ses employés.

Mais tous nos invités, depuis plus d’un an, nous ont aussi vanté les mérites de l’inclusion, de la diversité, de l’ouverture aux autres, comme facteur de progrès. Là encore « le Mama » représente un bon exemple de ce qu’on peut réussir dans ce domaine.

Qu’il nous soit permis, enfin, de remercier ceux qui savent garder leur âme dans les différentes circonstances de la vie : Serge Trigano bien sûr, mais aussi Laurent Choain qui a imaginé et organisé cette rencontre pour notre plus grand plaisir.

Philippe Wattier

  1. Bruno Luc Banton : conférence du 29 Mars 2010 : « et votre propre leadership ! »  Lire le compte rendu…

Partenaires:

Résumé de la conférence du 29 Mars 2010

Conférence du Cercle du leadership au Collège des Bernardins

«… Et votre propre leadership !»

 

Sommes-nous préparés à exercer dans les meilleures conditions possibles notre propre leadership ?

Propulsés à des postes de responsabilité – grâce à notre volonté, notre travail et notre talent- sommes-nous pour autant aptes à la tâche redoutable d’avoir à diriger, encadrer, entraîner  conduire… les hommes et les femmes placés sous notre autorité ?

Et si notre charge ne nous conduit pas directement à exercer des fonctions de commandement,  avons-nous en main les cartes pour exercer ce pouvoir d’influence qu’on attend de l’expert que nous sommes devenus ?

Bref sommes-nous un leader reconnu dans la fonction qui est la nôtre ?

Quoi de plus naturel pour un Cercle comme le nôtre que de vouloir explorer cette question, sans doute personnelle, mais ô combien utile pour améliorer notre efficacité, notre relation aux autres et, par suite, notre propre bien-être.

Deux intervenants différents, mais pourtant complices sur les «fondamentaux», nous ont permis d’y réfléchir.

Bruno Luc Banton

Bruno Luc Banton est un ancien chasseur de têtes. Il exerce aujourd’hui comme coach de dirigeants.  Autant dire qu’il connaît le monde de l’entreprise et les ressorts qui amènent les hommes à devenir des dirigeants. Il est aussi psychanalyste ; il a donc accompli ce voyage intérieur qui l’autorise à parler en connaissance de « la conscience du moi » ou de la nécessité du « savoir ressentir », car il a poussé l’exercice aussi loin qu’il est possible.

Valérie Gauthier

Valérie Gauthier est la Directrice du Mba d’Hec  On imagine déjà une femme soucieuse de promouvoir les techniques de management classiques  et éprouvées propres à beaucoup de grandes écoles de commerce ! Pas du tout ! Valérie a organisé son Mba autour du leadership et a orienté toute l’énergie de ses étudiants vers  la recherche de leur propre  leadership à travers ce qu’elle  appelle « le savoir relier ».

L’un et l’autre sont des êtres accomplis. Bruno Luc a mené des études approfondies en matière de Direction d’orchestre et de Violoncelle. Valérie fut une championne de tennis et encore récemment une championne de ski émérite. Rien à voir… Si ! L’aptitude à mobiliser avec succès plusieurs facettes de sa personne,  sont des « signifiants » qui ne sont pas neutres lorsqu’on évoque ces questions du leadership.

Avant même qu’ils prennent la parole on a déjà envie  d’écouter Bruno Luc et Valérie.

« Savoir ressentir ce qu’il se passe en soi » d’un coté, « savoir relier les hommes, les idées, les projets…» de l’autre, voilà bien les deux pierres angulaires de notre leadership posées. L’affaire paraît séduisante, mais attention, le leadership- selon nos deux intervenants- ne se réduit pas à l’énoncé de quelques recettes à la mode rapidement assimilables.

Le leadership n’est pas une fille à soldats. On ne l’embrasse pas comme ça. Il est rétif à s’offrir à celui qui ne fait pas l’effort d’aller le rechercher au plus profond de lui. Il se dérobe vite sous nos pas. Il s’envole dés qu’on pense le saisir…il passe par un cheminement intérieur,  il vagabonde dans le temps de l’inconscient. On ne peut le capturer qu’au prix d’un travail de patience digne d’un pêcheur de carpes. Et si par miracle, au prix de cet effort, on le trouve au fond de son être, il ne servirait à rien si nous n’étions capables de le mobiliser pour que les autres le reconnaissent en nous. Car on n’est pas leader, on est reconnu-ou pas- comme tel par les autres.

Autant dire qu’un « phénomène » pareil ne se laisse pas enseigner facilement dans  les écoles de management par la délivrance de quelques principes de savoir-faire à la portée des bons élèves.

Apprendre à parler en public, à conduire une réunion, à réussir un entretien, à fixer des objectifs, à prendre des avis, à décider, à obtenir l’adhésion…  est certes possible et même recommandé. Cela s’enseigne très bien. Mais ce faisant on forme un bon manager -ce qui n’est déjà pas si mal-  pas un leader !

Le ton est donné !

Le leadership est l’apprentissage de toute une vie.

On ne devient pas leader, par un coup de baguette magique, parce qu’on aurait décidé de « s’y mettre » tout à coup, généralement à l’âge adulte, en découvrant que c’est important  pour sa réussite personnelle. Le Champion de tennis ou de golf,  le virtuose de piano ou de violon, l’écrivain, l’artiste, ont eu la révélation de leur talent au plus jeune âge et forts de cette révélation y ont ensuite consacré une énergie hors du commun. Une fois parvenus au sommet de leur art ils n’ont pas un instant relâché leurs efforts. Ils traquent sans cesse ce petit rien qui fera la différence. Ils sont en apprentissage permanent.

Cet apprentissage ne concerne pas principalement leur savoir ou leur savoir faire. Tout cela est acquis pour eux et nécessite simplement un entretien de routine. Non, cet apprentissage permanent à trait à l’être.

Le leadership est un état d’être.

Trop d’enseignements sur le leadership évoquent le savoir faire ou le comportement. Ils abordent la question du leadership par l’objet ou par l’objectif.  Alors que le leadership commence par le sujet, c’est-à-dire par soi.  Or soi, c’est une toute autre affaire ! Cela a trait  à l’intime, à l’inconscient, au sens… A l’instar du champion ou de l’artiste celui qui deviendra leader a sans doute plus que d’autres mené dès son plus jeune âge cette recherche sur lui-même. Il a cultivé son être ; éprouvé ses sens ; exploré son imaginaire  jusqu’à ressentir intimement tout ce qu’il est capable de délivrer dans telle ou telle circonstance. C’est cette capacité à habiter pleinement tout son être, à être à « l’aplomb de lui-même » qui permettra au chef d’orchestre, avant même d’avoir levé sa baguette, par ce simple échange du regard avec ses musiciens, de se poser presqu’instinctivement en leader de son groupe. Posture furtive d’un long apprentissage intérieur. Leadership reconnu instantanément par une sorte de magie qui en réalité n’est que le résultat de cet intense travail intérieur.

Etre leader de soi…

Ce leadership consiste a parfaitement se connaître et à délimiter ses limites pour ne s’offrir aux autres qu’en pleine conscience de ce qu’on peut réellement leur apporter. Il faut donc commencer par être leader de soi. Cela consiste à concentrer son être sur ce qu’il est vraiment,  et non pas sur ce qu’on voudrait qu’il soit,  par retranchements successifs de tout ce qu’il n’est pas, comme le sculpteur façonne son bloc par retrait de la matière superflue. Ce travail d’authenticité, cette recherche narcissique sont les préalables indispensables à l’exercice de toute fonction de leadership.  C’est à cette condition que le leader éclot, unique et singulier.

… pour devenir leader ses autres.

Le leader devient alors un être qui est pleinement habité par ses sens. Il peut conduire cet échange qui le reliera aux autres. Débarrassés de toutes les scories inutiles,  il n’est plus  dans un jeu de rôle. Il lui faut pour cela une volonté : la conscience de soi peut rester un effort narcissique indispensable  mais vain, si cette volonté d’échanges n’existe pas. Il faut que le leader ait envie d’investir les autres, comme il a su investir son être ;  il faut qu’il souhaite fouetter l’imaginaire des autres, comme il a exploré le sien. Il faut qu’il créé du désir, voire du phantasme chez les autres ; comme il a su faire naître les siens en explorant son intimité ; il faut qu’il utilise les sens, les cinq sens et en particulier, celui de l’écoute, point nodal de sa relation aux autres.

Plus il faut consentir d’efforts pour aller vers l’autre plus on apprend sur soi.

Ce travail d’écoute n’est pas naturel.  Ecouter procède aussi d’un  état d’être davantage que d’une technique. Cela met en jeu tous les sens : écouter le verbe, mais aussi la parole, les silences, le langage du corps et in fine, écouter la propre résonnance de cet échange en soi.

Ecouter c’est aussi accepter les différences de toutes natures : d’opinions, de croyances, de culture… Plus la différence est grande, plus le chemin à parcourir est élevé, mais plus les enseignements qu’on en tire sur soi même sont importants.

La boucle est bouclée : vous êtes relié à vous-même, vous êtes relié aux autres. Vous les reliez entre eux.  Ils vous renvoient à vous-même. Cet état qui s’apparente à un jaillissement  est d’une fragilité absolue. Il est spontané et authentique. Il est fondamental !

Il est un état de grâce qu’il faut savoir cueillir.


Ecrit avec la collaboration de Aude Bernard, Valérie Pompilius et Isis Zahid.


Lire aussi la contribution de Bruno Chaintron

Partenaires:

Crédits photos: Christian 2A (bannière) et Jason Whittaker (vignette)


Haut de Page